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Billard Français - 3 Bandes - Interview Kozoom - Nijkerk (NED)

Interview Therese Klompenhouwer

Publié par le 1 août 2019

Interview Therese Klompenhouwer

© Ton Smilde/Kozoom
Therese Klompenhouwer après son titre mondial en 2018

La Championne du monde de 3 Bandes, Therese Klompenhouwer, met un terme à ses vacances reposantes en se rendant cette semaine à New-York. Le Jennifer Shim débute demain et marque la reprise pour la Néerlandaise, une reprise pleine d’espoirs et une saison qu’elle espère fructueuse. Triple Championne du monde, sept titres consécutifs de Championne d’Europe et Terry comme la surnomment ses proches et ses fans, à 36 ans, a plus que jamais l’ambition d’étoffer encore un peu plus son palmarès. Le tournoi du Carom Café est un bon test de préparation pour cette année qui s’annonce avant le championnat du monde de Valence en Espagne : « Je veux toujours évoluer au meilleur niveau, à chaque endroit où je me trouve, et le championnat du monde est le moment le plus important. »


Kozoom s’est longuement entretenu avec la meilleure joueuse mondiale juste avant son départ en évoquant notamment le billard féminin, l’année écoulée turbulente, ses amis, ses fans et le bonheur.

 

Kozoom/Frits Bakker : quelles sont vos ambitions et vos attentes à l’aube de cette nouvelle saison ? Où souhaitez-vous être au meilleur de votre forme et comment abordez-vous cette reprise ?

 

Therese Klompenhouwer : Mes ambitions sont les mêmes chaque année. Je veux rester au sommet du 3 Bandes féminin mondial et continuer ma progression chez les messieurs. Cette semaine commence le Jennifer Shim à New-York où je défendrai mon titre puis en suivant en septembre/octobre le championnat du monde où j’aurai le même statut. Le but est d’être à mon meilleur niveau sur ces deux épreuves mais tout au long de l’année, j’essaye de produire le maximum que ce soit sur les autres compétitions ou sur les matchs de Grand Prix aux Pays-Bas. J’ai repris l’entrainement la semaine dernière afin d’être prête pour cette nouvelle saison. Je souhaite jouer le maximum de matchs possible pour garder la forme et faire de belles performances au moments opportuns.

 

 

Kozoom/FB : A quel moment de votre vie êtes-vous ? Je veux dire dans votre sphère relationnelle, dans votre vie sociale, tous ces succès ont-ils changé votre personne ?

 

TK : Mon sentiment est que c’est la meilleure phase de ma vie. Ma relation avec Chantal est merveilleuse et stable. Elle est celle qui me rend heureuse, qui se tient toujours derrière moi ou près de moi et elle adore le billard. Je suis maintenant plus ouverte aux autres, j’apprécie les choses en dehors du billard et aussi autour des tournois. Cela signifie : être plus à l’écoute des gens et des fans. J’aime de plus en plus décrocher des titres mais aussi la manière pour y parvenir. Cela influence mon jeu car c’est devenu moins indispensable et ça rend les choses plus simple. Je ressens de moins en moins la pression de prouver que je sais bien jouer au billard car les gens le savent désormais. Cette pression est moindre et c’est la raison pour laquelle je joue plus relaxée. C’est un bénéfice pour mon jeu. Mais bien sûr, la volonté de vaincre est intacte, c’est dans mon caractère.

 

 

Kozoom/FB : Quel luxe pour les Pays-Bas en ce moment avec Dick Jaspers Champion du monde en titre et vous chez les féminines. Avez-vous une explication à ce succès néerlandais car vous vivez quand même dans un « petit » pays sportif. Ces terres sont-elles idéales pour une star comme vous ?

 

TK : Ces succès, pour Dick et moi, sont les résultats d’athlètes de haut niveau. De la discipline dans l’entrainement, un bon sommeil, une bonne nutrition et être au top au bon moment. En plus, j’ai le soutien inconditionnel de ma famille et celui de ma fédération, la KNBB. Mes parents m’ont toujours amenée là où je devais jouer et ont toujours réussi à tout organiser. La KNBB m’a donné l’opportunité de m’entrainer avec un coach fédéral. J’ai dû travailler beaucoup bien sûr, mais ces combinaisons ont fini par porter leurs fruits. Si les Pays-Bas sont une terre idéale pour une star du billard ? Oui assurément car ma vie actuelle me comble de joie et me rend heureuse.

 

 

Kozoom/FB : Avez-vous de vrais amis dans le monde sportif et au cours de vos tournois et diverses compétitions ? Qui sont les personnes qui comptent vraiment pour vous ?

 

TK : Oui, j’ai des amis. Mais bien sûr, mon activité et mes déplacements à travers le monde ne facilitent pas ces amitiés. Mes amis sont à Nijkerk, là ou j’habite. Je suis loin d’ici plusieurs semaines par an et principalement le week-end au moment où les autres sont en repos. C’est pourquoi vous perdez le contact avec vos relations, vos amis. Mais j'essaye de les conserver et de maintenir les contacts. La plupart de nos amis sont quand même des gens du billard. Et ma famille est de plus en plus importante. Je ressens le besoin de les voir de plus en plus car c’est difficile dans ma carrière de joueuse professionnelle. Les personnes les plus importantes de ma vie ? Celle avec qui je la partage, Chantal, bien sûr, mes parents, mon frère et ma belle-soeur. Et bien entendu ma petite cousine âgée de deux ans.

 

                                      

 

Kozoom/FB : Etes-vous satisfaite des progrès techniques, tactiques et des moyennes réalisé(e)s au cours de ces deux ou trois dernières années ?

 

TK : Oui assurément je progresse toujours bien que j’en veuille toujours plus, c’est normal. Je suis plus relax à la table et dans ma tête. Je prends de plus en plus les bonnes décisions, ma concentration est meilleure ainsi que la manière d’aborder les positions. Je travaille toujours ma technique. Et mentalement, j’ai beaucoup progressé. Cela m’a certainement fait gagner un dixième de moyenne. Mes mauvaises parties sont meilleures qu’avant car je marque plus. Les séries longues arrivent plus facilement et je ne panique plus quand j’enchaine plusieurs reprises à vide. Je joue mieux chez les messieurs que chez les féminines. En Grand Prix et en World Cup, j’ai souvent joué aux alentours de 1,200/1,300. C’est plus difficile de faire ça chez les femmes. Les distances sont plus courtes et il y a donc moins d’occasions de produire des séries longues.

 

 

Kozoom/FB : Qui sont les personnes qui ont joué un rôle important dans votre développement ? Y a-t-il toujours autour de vous des gens qui vous aident à mieux jouer ?

 

TK : J’ai été entraînée par Christ Van Der Smissen, j’ai travaillé avec lui quand j’ai débuté le 3 Bandes et je suis passée de 0,400 à 0,950 grâce à lui. J’ai beaucoup appris à ses côtés. C’est quelqu’un de très sympa, il a toujours été là pour moi et je pouvais parler de tous mes problèmes avec lui. Il m’accompagnait sur les tournois à l’extérieur, regardait les parties des jours entiers en championnat néerlandais. On se marrait bien et l’ambiance était excellente. Malheureusement, il a dû arrêter après quelque temps. Maintenant depuis quelques années, Raimond Burgman est mon entraineur et mon coach. Il m’a affûtée, il a apporté de la quiétude dans mon jeu et m’a principalement aidée mentalement. Penser positif, ne pas paniquer et toujours continuer à prendre du plaisir à jouer sans se soucier des mauvaises choses. Raimond est aussi quelqu’un de très bien, sérieux dans le sport mais nous rigolons bien ensemble. Une bonne ambiance est nécessaire. Ces deux entraineurs ont été possible grâce à la KNBB et à sa section 3 Bandes et je dois beaucoup à ma fédération.

 

 

Kozoom/FB : Cette année s’est révélée turbulente pour vous et pour les joueurs de haut niveau avec l’arrivée d’un nouveau circuit, celui de la PBA en Corée du Sud. Vous avez en conscience et de manière rapide fait votre choix : je reste loyale à l’UMB, l’Union Mondiale de Billard, tout comme Dick Jaspers à propos. Quelle a été la raison principale de cette décision ?

 

TK : Bien sûr, le choix a été difficile pour moi car j’ai reçu une très belle offre pour rejoindre ce circuit pro, la LPBA. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour y penser et j’ai dû prendre ma décision rapidement à savoir un changement de vie complet ou pas. Je connaissais les conséquences si j’acceptais. Je n’ai pas réussi à me décider en quelques jours car ça n’engageait pas que moi. J’ai parlé à Chantal et également à mon père et à mon frère. Après ça, j’ai pensé à moi et à ce que je voulais vraiment. J’en suis vite arrivée à la conclusion que je suis plus heureuse dans ma vie actuelle. Et mon propre bonheur est le plus important à mes yeux. Je suis heureuse dans ma vie privée et dans ma carrière sportive et je ne voulais pas changer ça. Je veux gagner plus de titres internationaux. Et j’ai aussi pensé, en tant qu’ambassadrice de la KNBB, que je ne pouvais pas trahir ma fédération. La KNBB et sa section 3 Bandes ont beaucoup fait pour moi durant toutes ces années. Le championnat du monde féminine se déroulera les trois prochaines années aux Pays-Bas. Ils ont fait cela pour toutes les joueuses néerlandaises. Alors non, je ne leur tournerai pas le dos, je ne le souhaite vraiment pas. Et l’UMB m’a aussi prouvé que le billard féminin était important pour eux et qu'ils souhaitaient réellement en faire plus pour nous. C’est une raison suffisante pour rester à l’UMB.

 

                              

 

Kozoom/FB : Deux ou trois joueuses de niveau mondial sont passées en LPBA : Mi Rae Lee et Namiko Hayashi sont les plus connues. Pensez-vous que cela dévaluera le championnat du monde ?

 

TK : Les meilleures du monde comme Orie Hida et Sruong Pheavy sont restées à l’UMB et participeront au prochain championnat du monde alors je ne pense pas. La seule joueuse vraiment talentueuse passée à la LPBA est Bo Mi Kim. Lee et Hayashi sont de très bonnes joueuses mais elles n’ont pas joué les derniers championnats du monde car leurs fédérations ont sélectionné d’autres joueuses coréennes et japonaises.

 

 

Kozoom/FB : Les deux premiers tournois de la PBA se sont déroulés. Quel est votre avis et pensez-vous, après coup, avoir pris la bonne décision ?

 

TK : Je ne sais pas bien que penser de la PBA. J’ai regardé quelques matchs car j’aime le billard. Et j’aime quand c’est un peu plus flashy et quand les tenues sont un peu moins guindées comme on le voit sur ce nouveau circuit. Je ne pense pas que les évaluations soient bonnes mais ok, ça peut évoluer. Quand je regarde les filles jouer en PBA, je dois avouer que le niveau me déçoit un peu bien qu’il y ait de bonnes joueuses parmi elles. Quand je regarde ça, je ne regrette pas ma décision et je pense avoir fait le bon choix de rester là où je suis actuellement.

 

 

Kozoom/FB : Le billard ne peut pas réellement être considéré comme un sport physique. Pensez-vous pouvoir atteindre bientôt le niveau des messieurs du circuit ? Ou pensez-vous que cela puisse se produire les prochaines années ?

 

TK : Oui bien sûr, c’est possible. On peut toujours apprendre des meilleurs joueurs. Alors plus vous jouez avec eux et plus vous avez des chances de vous améliorer et de devenir meilleure. C’est une des raisons pour lesquelles je participe au circuit UMB, cela vous donne l’opportunité de battre les meilleurs hommes. Je ne le fais pas pour le classement car c’est compliqué d’entrer dans le Top 50 du ranking UMB, de rapporter des points des World Cups et des Masters. Sur les autres tournois, je ne peux gagner ces points, les hommes eux peuvent en gagner. Ils ont aussi la possibilité de jouer plus de tournois auxquels je ne peux participer ou pour lesquels je ne suis pas invitée. Alors je joue principalement avec les féminines. En étant plus impliquée ou en jouant dans les tournois majeurs comme les World Cups, j’ai la chance d’affronter de très forts joueurs.

 

                              

 

Kozoom/FB : Que pensez-vous vraiment du billard féminin en général ? Comment estimez-vous son niveau ? Quand les hommes ont récemment franchi un palier important en partie pour rester devant les Asiatiques comme les Coréens ou les Vietnamiens, les filles sont restées dans l’ombre avec des moyennes situées entre 0,500 et 0,700 alors où sont les progrès chez les filles ?

 

TK : Pour les filles, c’est compliqué de jouer au billard en Europe. Il y a peu d’options, peu de tournois et moins de dotation. Si vous voulez réellement atteindre le top chez les féminines, vous devez commencer très tôt et avoir l’opportunité de consacrer du temps à la pratique et à l’entrainement, avoir le soutien de votre fédération ou de vos parents. Si vous êtes plus âgée, avez des enfants et allez travailler, c’est difficile de progresser. Vous devez vous entrainer intensément pendant dix ans minimum si vous voulez atteindre le top. Cela signifie : un minimum de 5 jours par semaine, plusieurs heures quotidiennes d’intense pratique. Est-ce toujours possible ?C'est la question si vous travaillez et/ou avez des enfants. Je pense que c’est compliqué. De plus, il est difficile de vivre de ce sport. Alors, le choix est vite fait.

 

 

Kozoom/FB : Comment va la santé actuellement ? Des blessures sont venues vous contrarier ces derniers mois.

 

TK : Je me bats contre un mal de dos et de nuque depuis six mois. Ca va de mieux en mieux. Je ne souffre pas trop en ce moment, je suis à 90% mais j’ai des jours moins bien. Je suis toujours sous traitement. Mon docteur dit qu’il est en mesure de corriger tout ça avant le début de la saison. Alors je n’étais pas à 100% durant ces six derniers mois mais j’espère l'être en septembre. C’est aussi pour ça que je ne joue que le Jennifer Shim et pas le Verhoeven Open. Je crains de jouer trop de matchs et de devoir ainsi forcer sur ma nuque. Je ne veux pas lui imposer trop de pression.

 

 

Kozoom/FB : Votre sport, le billard de haut niveau, est une part importante de votre vie. Quelle est votre motivation principale de continuer durant plusieurs années ?

 

TK : La plus importante est que j’aime ça. Je n’ai jamais détesté jouer même en cas de pépins physiques. J’aime toujours chaque partie que ce soit en compétition ou en World Cup. Tant que je pourrai rester au top chez les féminines et tant que je pourrai l'assumer financièrement, je continuerai à jouer le haut niveau.

 

                              

 

Kozoom/FB : En Asie, beaucoup de jeunes talents apparaissent notamment chez les hommes. Dans les pays traditionnels comme la Belgique, les Pays-Bas ou l’Allemagne, les meilleurs mondiaux ont 50, 60 ans et rien à l’horizon. Comment voyez-vous l’avenir dans ces pays-là ?

 

TK : Le plus important est que les fédérations investissent du temps et de l’argent pour découvrir, développer et entrainer les joueurs. Elles doivent rendre ces nouveaux talents enthousiastes pour notre sport et leur montrer les possibilités offertes. Alors l’Europe ne devrait pas rester en arrière et les fédérations doivent faire le maximum pour attirer de nouveaux talents et les soutenir financièrement. Aux Pays-Bas, ils ont travaillé là-dessus pendant de nombreuses années. Les jeunes se voient offrir des séances d’entrainement. Les Pays-Bas organisent les championnats du monde Junior de 2020 à 2022 ce qui est assurément une bonne chose.

 

 

Kozoom/FB : Pour des joueurs comme Jaspers, Merckx, Sayginer, Blomdahl, Coklu, le futur s’annonce sous les meilleurs auspices avec les efforts de l’UMB ces dernières années. Ils peuvent  désormais enfin vivre de leur sport.,Comment ça se passe pour vous ? Etes-vous proche du statut de professionnelle ?

 

TK : J’en suis proche mais j’ai certainement besoin de plus de dotations et de plus de jeu. Je dois faire plein de choses autour comme enseigner et donner des exhibitions. Je dépends aussi de mes sponsors. Ce serait bien que les filles puissent jouer plus de tournois à l’image des Survival chez les hommes. Les dotations en championnat du monde et d’Europe ont augmentées, c’est mieux qu’avant. Mais vous devez l’emporter pour espérer obtenir une dotation intéressante. Et ce n’est pas suffisant pour percevoir des revenus permettant de vivre. J’espère donc que ces dotations augmenteront ainsi je pourrai me consacrer pleinement sur moi-même et sur la compétition. Ce serait bien que les filles aient leurs propres Survival.

 

 

Kozoom/FB : Comment débute la saison pour vous ? Cette semaine à la défense de votre titre au Jennifer Shim du 2 au 4 août avec 22 autres filles puis la préparation du championnat du monde de Valence fin septembre. Ce sera le premier gros rendez-vous ? Et à quoi ressemble la saison complète ?

 

TK : Oui, d’abord New-York et le championnat du monde, ce sont les principaux objectifs. Avec ces tournois, je verrai comment va ma santé car ce sera très intensif. Mais je me suis bien reposé ces derniers mois. Je jouerai aussi 3 ou 4 compétitions différentes, le championnat national, deux autres Grand Prix et les World Cups. Alors pas mal occupée pour le reste de la saison. Mais j’attends ça avec beaucoup d’impatience, il me tarde que ça commence.

 

 

L’équipe Kozoom International vous souhaite beaucoup de succès et une bonne santé à l’approche de cette nouvelle saison.


(Traduction de l’article en langue anglaise de Frits Bakker)

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