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Billard Français - 3 Bandes - Interview Kozoom - Bolzano (ITA)

Marco Zanetti, un champion de caractère

Publié par le 6 décembre 2010

Marco Zanetti, un champion de caractère

© Guillaume Loiseau
Marco Zanetti lors du dernier Championnat du monde

 

Deux titres mondiaux au 3 bandes, deux en biathlon, une dizaine de titres européens par équipes de clubs, trente années au sommet y compris lors de l’époque BWA, Marco Zanetti reste toujours un concurrent très redouté par tous les joueurs de la tête du classement mondial.

Né le 10 avril 1962, Zanetti vit à Bolzano, dans le Tyrol italien. Avec sa compagne Martina, ils sont les heureux parents d’un petit Samuel de deux ans et demi. C’est un joueur de billard très brillant, mais parfois controversé. Souvent à l’initiative de négociations avec les fédérations et organisateurs, il a plaidé pour l’obtention de meilleures conditions matérielles et sportives pour les joueurs, mais a été également l’objet de beaucoup de critiques pour son comportement dans les salles de billard.

Zanetti a eu parfois fois des accrochages avec des dirigeants sportifs, organisateurs ou arbitres . Il y a un an, c’est avec le directeur sportif de l’UMB, Farouk Barki, qu’un conflit s’est développé, entrainant une surprenante pénalité à vie de 50 points sur le classement UMB, ce qui a eu pour effet immédiat de le faire sortir du Top 12, du moins provisoirement. Le Champion italien regrette de n'avoir jamais été entendu sur cette affaire par les responsables internationaux.

Marco a bien voulu répondre à nos questions sur sa vie, son caractère, sa déception sur le comportement des autres joueurs, le changement des générations et bien sûr, la punition qui lui a été infligée.

 


Fritz Bakker : Comment se déroule votre vie Marco, malgré quelques revers dans votre sport. Comment conciliez-vous votre vie familliale et le billard ?

Marco Zanetti : J’ai une vie très heureuse, et je profite de ma première paternité qui est hélas venue bien tard. Je partage mon temps entre l’entrainement et ma famille lorsque je suis à la maison.

FB : Depuis tant d’années que vous êtes au plus haut niveau, êtes-vous encore passionné et ambitieux ?

MZ : Je suis à la recherche du plaisir lorsque je joue au billard, mais je perds ce plaisir lorsque je fais trop d’erreurs. Aussi je travaille à m’améliorer constamment avec des études sur les coups et surtout avec méthode. Je me sens comme un pionnier qui fait des recherches et expériences sur une table de billard.

FB : Comme pour tous les joueurs de haut-niveau, la forme est parfois fluctuante. Vous avez été Champion du monde il y a deux ans, vous avez remporté bon nombre de tournois en Coupe du monde, et vous êtes toujours redoutable dans votre arène de l’auditorium AGIPI. Parfois, il y a des rechutes, comment expliquez-vous cela avec votre expérience ?

MZ : Il y a toujours des petits détails qui sont la cause de ça, les billes sont rondes, pas nous. De temps en temps, vous pouvez subir la malchance : mauvaises positions, billes collées à la bande… chaque joueur peut devenir nerveux et commencer à douter. Parfois aussi, vous pouvez devenir imprudent ou perdre votre joie de jouer. Vous perdez alors votre précision et vous mettez à jouer avec moins de rigueur. Sans oublier que la concurrence est très forte aujourd’hui.

FB : Si les dix premières places du classement UMB s'intervertissent parfois, ce sont toujours les mêmes joueurs qui y figurent à quelques exceptions près. Comment analysez-vous l’arrivée des jeunes joueurs dans le circuit ?

MZ : Il y a une nouvelle génération de jeunes joueurs, très ambitieux et avec une grande confiance en eux. Mais les meilleurs sont encore des joueurs plus âgés, la plupart entre quarante et cinquante ans avec plus de classe, de technique et d’expérience. Ce conflit de générations est très intéressant et sur le long terme, les jeunes feront bien évidement un jour la loi, comme nous l’avons fait à notre époque. Attendons de voir dans combien de temps il y aura plus de jeunes que de « vieux » au sommet de la hiérarchie.

FB : Il y a quelques années, fort de vos opinions bien arrêtées, vous avez été l’un des initiateurs d’une association de joueurs, la MBA. Cette association se réunit-elle toujours, peu d’informations filtrant à ce sujet ?

MZ : Cette association a été fondée à Sluiskil en 2007. Je pensais que le temps était venu de  bâtir une telle communauté de joueurs ayant des intérêts identiques afin de développer l’importance du billard. Après ces quelques années, j’ai réalisé que cette vision n’était pas soutenue par mes collègues, chacun pensant plus à ses propres intérêts. Les résultats ne sont donc pas très positifs. Lors de mon affaire disciplinaire en décembre 2009, je n’ai pas fait volontairement cas de mon poste de Président de la MBA afin de ne pas mettre une quelconque pression sur les dirigeants, ainsi les activités de la MBA n'en sont pas affectées. Je m’attendais à ce que mes collègues fassent quelque chose pour moi, j’ai été déçu qu'ils ne se fassent pas, j’en garde un goût amer. On ne peut me blâmer car j'ai fait beaucoup de choses pour le billard comme les règles des World-Cups, l'instauration des wildcards pour les non-européens, le règlement des prix et bien d'autres choses... j'ai parfois au l'impression d'être seul à me battre contre l'UMB pour cela.

FB : Les joueurs de haut-niveau ne sont donc pas sur la même longueur d’ondes lorsqu’il s’agit de la vision, de l’innovation et de la résolution des conflits ?

MZ : Je pense que globalement, tous les meilleurs joueurs veulent la même chose : l’importance capitale d’être considérés comme des athlètes de haut-niveau pour accéder aux supports médiatiques et ainsi gagner plus d’argent. Dans la pratique, chacun pense un peu différemment, il y a un grand manque de collégialité.

FB : En ce qui vous concerne directement Marco, il y a eu cet incident lors de la World-Cup de Suwon il y a un peu plus d’un an maintenant et qui vous a conduit à subir une lourde sanction : 50 points retirés définitivement au classement mondial. Votre infraction a été si grave ?

MZ : Avant la demi-finale contre Torbjörn Blomdahl, je me suis plaint auprès du délégué de l’UMB, Farouk Barki, afin que les organisateurs n’utilisent pas un nouveau produit pour nettoyer les tables. Puis la discussion a dévié sur d’autres sujets qui me tenaient à cœur durant des années. Je reconnais que le ton de la discussion s’est élevé, certainement à cause du stress occasionné par ce stade de la compétition. Mais je suis resté très factuel et Blomdahl, présent lors de la discussion, peut confirmer que je n’ai en rien insulté ni attaqué Barki personnellement. Malheureusement, personne ne l’a interrogé à ce sujet. Je tiens à préciser que cela s’est déroulé avant et non pendant le match qui était retransmis à la télévision locale comme l’a écrit l’UMB.

FB : Pensiez-vous mériter une sanction pour cet incident ?

MZ : Même si j’avais fait quelque chose de mal, ce qui n’était pas le cas, on aurait du aussi prendre en considération d’autres paramètres. J’ai joué pendant 30 ans au plus haut niveau, j’ai gagné des championnats du monde, je suis le plus âgé parmi les meilleurs joueurs et j’ai beaucoup de supporters dans le monde. Au football, la pire des fautes sera sanctionnée par un carton rouge. Cette pénalité que je subis est parfaitement injuste, tout le monde en parle dans le milieu, mais seulement en coulisses. Un avertissement écrit aurait déjà été assez dur pour moi. Cette affaire démontre aussi que dans les cas disciplinaires, il n’y a aucune démocratie dans les statuts de l’UMB : procédure pénale, décision et appel, tout passe par l’UMB et naturellement tout est faussé. Mais aucune fédération ne se plaint, tout cela est de la foutaise…

FB : Auriez-vous été sanctionné par l'UMB si vous aviez présenté des excuses à Farouk Barki? Est-il vrai que vous ayez refusé de le faire?

MZ : Le fait est que je suis allé voir le soir même, après le banquet de clôture, Farouk Barki lui-même et que nous nous sommes serré la main, donc pour moi l’incident était clos et personne ne m'a demandé de m'excuser. Après l’annonce de la sanction, j’ai spontanément décidé de présenter des excuses par écrit à la Fédération de Corée et à la Confédération asiatique qui s’étaient plaints par écrit à l’UMB de mon comportement. Je n’ai jamais eu de réponse…

FB : Peut-on dire, en toute franchise, que parfois sous la pression, vous avez parfois dépassé les bornes ?

MZ : Je suis un joueur idéaliste, avec un grand respect pour ce sport qu’est le billard. Malheureusement, j’ai vu très souvent des joueurs sous-évalués ou carrément éliminés du circuit. Mon cas apporte une preuve, c’est qu’il faut simplement effectuer un travail de qualité pour relever notre sport. Après 30 années passées dans le monde du billard, je suis vraiment déçu… Je porte mon rêve depuis toutes ces années, mais l’énorme potentiel du 3 bandes ne reste qu’un rêve, il n’y a pas de base pour un développement historique. Parfois nous jouons dans de très bons tournois, mais tout repose sur les organisateurs locaux.

Nous avons besoin d’une gestion solide. Le niveau technique des joueurs de haut-niveau et la concurrence sportive féroce rendent ce sport attrayant. Il est clair que je serais prêt à travailler de nouveau pour améliorer la situation, mais notre communauté veut-elle des mots sur du papier ou des actes ?

Les joueurs doivent avoir des responsabilités importantes. Sur et autour des tables de billard, les joueurs doivent être à cent pour cent professionnels (compétitions, dopage, comportement, relations publiques etc..), et cela pour notre intérêt commun, mais cette tendance ne se dégage pas. Si cela continue, nous allons dans l’avenir jouer pour un simple trophée.

Personnellement je souffre beaucoup de cela, et parfois un signe de mécontentement peut surgir à certaines occasions. Pour donner quelques exemples : je peux parfois être perturbé par une musique inadapée lors d’un match (pourquoi d’ailleurs jouer avec de la musique ?), par une mauvaise décision arbitrale ou un mauvais entretien du matériel de jeu. Je suis certainement trop sensible à ce sujet et je voudrais bien ne pas l’être autant, mais en réalité, cela me touche beaucoup et ma concentration en subit les conséquences.

FB : Pour conclure Marco, cette peine à vie est très lourde… vous n’avez frappé personne, vous n’avez pas consommé de substances interdites…

MZ :Cette pénalité ne correspond pas à des principes démocratiques. Dans la vie, une peine à perpétuité n’est prononcée qu’en cas d’actes graves comme un assassinat. L’honnêteté doit être appréciée, mais pas considérée comme une menace et je paye un prix trop fort. La déduction de points dans le classement n’est pas le plus difficile à supporter, il y a des choses beaucoup plus blessantes. Je suis le plus vieux joueur du Top niveau et j’ai été traité comme un criminel sans que personne ne soit choqué… Quelles conclusions faut-il en tirer ? Comment peut-on se sentir bien dans une telle société ?

Marco Zanetti s’est exprimé, mais la bataille n'est pas finie si personne ne prend l'initiative d’un cessez-le-feu. L'ancien champion du monde et l'UMB semblent avoir rompu les ponts. C'est une amère conclusion plus d'un an après cette affaire.

Il ne serait pas magnifique que les deux parties s’assoient autour d’une table et arrivent à mettre fin à cette controverse ? Le sport billard et ses adeptes en  seraient les grands gagnants…

 

(Traduction de l'article original en anglais par Didier Mariaut)

 

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Mes commentaires

Don Quichotte
Don Quichotte
Zanetti, sur la voie de Saygener
Je ne conçois pas qu’un joueur puisse se faire pénaliser pour manque de respect envers un dirigeant. Nous ne sommes tout de même pas à l’école. En fait, Zanetti ne doit pas en vouloir à ses confrères de haut niveau de l’avoir lâché, mais à sa fédération nationale qui ne l’a pas soutenu.

Chez nous, on dit « Flanque une raclée au chef des indisciplinés, les autres auront peur ».

Ces 50 points de pénalité démontrent que nos dirigeants se sont un peu trop identifiés à leurs postes. Mais que faire avec un Zanetti ? Le priver de wildcards ? Il n’en avait pas besoin jusqu’à tout dernièrement. Les dirigeants de l’UMB ont déjà eu la peau de Saygener. Tout le monde l’avait compris sauf Zanetti.

Et maintenant, merci de me dire quel article des règlements des WC prévoit une déduction de points en cas de manque de déférence envers un dirigeant.

Message 1/1 - Publié à 7 décembre 2010 18:56

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