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New York
Tournoi du Carom Café
Bury et Switala racontent


Dès leur retour de leur périple américain, Jérémy Bury et Joël Switala ont bien voulu confier à Kozoom leurs impressions sur le tournoi du Carom Café de New York.

Kozoom : Tout d’abord, toutes nos félicitations Jérémy pour cette remarquable place obtenue dès votre première participation à ce prestigieux tournoi. Pour commencer, pouvez-vous nous décrire les lieux et l’ambiance de ce «temple» du billard à New York .

Jérémy Bury : Merci! C’est effectivement un rêve qui s’est accompli que d’aller jouer dans ce haut lieu du 3 bandes qu’est le Carom Café. J’ambitionnais d’y participer depuis 2 ou 3 ans mais pour diverses raisons, je n’ai franchi le cap que cette année. Il s’agissait en plus de mon premier séjour aux Etats-Unis, c’était donc la découverte intégrale! Le Carom Café n’est malheureusement pas situé en plein Manhattan mais dans le quartier de Flushing que les amateurs de tennis connaissent bien, plus à l’est, à environ 40 minutes de métro de Times Square, au cœur de Manhattan. Ce quartier est à très forte concentration chinoise et coréenne : on se croirait vraiment en Corée, c’est assez incroyable! Mais ce n’est pas particulièrement touristique…J’ai tout de même eu la possibilité de me rendre quelques fois à Manhattan avant et après le tournoi et d’y découvrir la grandeur et la splendeur de cette ville. La salle du Carom Café est vraiment le «temple» du carambole : tout y est fait pour le billard. On y trouve une quinzaine de tables d’américain, 3 snookers, une aire de jeu réservée aux 10 tables de 3,10m (un billard est filmé en permanence et retransmis en direct sur le site du Carom Café. Une petite cabine de speak toute équipée est présente également), des photos de joueurs et d’événements de 3 Bandes, des vitrines de trophées ayant appartenu au regretté Sang Lee… Sa mémoire est extrêmement présente, on sent qu’il a énormément apporté au 3 bandes aux Etats-Unis. Il disait d’ailleurs «I want to make billiards beautiful in America». Dans cette salle, il y a également un coin pour la réparation et l’entretien des queues de billard et une zone spéciale «show» aménagée avec une table de 3,10m, des gradins, des panneaux de sponsors et l’espace nécessaire aux caméras. C’est sur cette table qu’ont lieu les matches principaux qui sont ensuite produits en DVD ou vendus aux chaînes de télévision, en particulier coréennes. Bref, tout est pensé pour le billard dans cette salle! Et forcément, l’ambiance y est exceptionnelle : les joueurs apprécient tous ces efforts et ressentent cet amour du billard qu’ils partagent.

Kozoom : Avez-vous apprécié la formule de jeu choisie par les organisateurs, composée de poules à grand nombre de joueurs avant les finales?

Jérémy Bury : Enormément! C’est d’ailleurs à mon sens ce qui motive un grand nombre de joueurs à participer à ce tournoi. Cette année, la formule a été légèrement modifiée en ce qui concerne le tableau final puisque celui-ci se joue désormais en KO direct. Mais pour y parvenir il faut passer par deux phases de poules de 7 puis 10 joueurs lorsqu’on ne fait pas partie des 8 ou 9 têtes de séries. La participation à ce tournoi coûte relativement cher. C’est donc une très bonne chose de proposer un grand nombre de matches aux joueurs qui font l’investissement. En ce qui me concerne, j’y allais pour «faire du match». Je n’ai pas été déçu.

Kozoom : 18 matchs dans les bras en une semaine! Est-ce un peu trop ou en avez-vous retiré de l’expérience?

Jérémy Bury : C’est vrai que ça fait beaucoup mais comme je vous le disais, j’y allais pour cela, notamment. Pour atteindre le haut niveau au 3 bandes, il faut faire de la compétition, beaucoup de compétition. Les meilleurs mondiaux jouent sans cesse entre eux et cela entretient leur degré de performance. J’ai besoin de jouer et en ce sens, ce tournoi peut m’apporter beaucoup. Je ne me suis pas senti particulièrement fatigué à la fin du tournoi mais ce type de compétition doit m’apprendre à justement mieux gérer mes dépenses d’énergie. Je suis du genre à ne jamais rien lâcher mais il faut parfois savoir s’économiser…J’apprends…

Kozoom : Depuis quelques temps, on note une poussée des joueurs asiatiques dans la discipline du 3 bandes. Avez-vous repéré lors de ce tournoi des joueurs dont on risque de parler dans les années à venir?

Jérémy Bury : Il y a un vivier impressionnant de très bons joueurs coréens. Il y a ceux que l’on connaît plutôt bien comme Kyung-Roul Kim, Deuk-Hee Hwang et Sung-Won Choi. Et puis, il y a ceux que l’on connaît moins et qui devraient faire parler d’eux : Dong-Koong Kang (qui bat Tasdemir et 2 fois Sayginer), Jung-Han Heo qui gagne la finale B (avec 3 dernières parties de 40 points en 19,16 et 19 reprises) et Jae-Ho Cho (qui bat Raymond Ceulemans 40 en 12 puis Coklu 40 en 16! J’ai joué contre lui en 1ère phase de poule : il menait 19 à 2 à la 4ème et nous jouions en 30 points !je l’ai finalement emporté 30-27 en 15 mais il joue avec une grande facilité). Il y en a certainement d’autres mais ceux-là sont déjà très forts.

Kozoom : Les joueurs américains connaissent-il bien le billard 3 bandes européen?

Jérémy Bury : Oui, et même plutôt bien! Grâce à Kozoom d’ailleurs. Nombreux sont ceux qui m’ont parlé des diffusions internet des championnats d’Europe par équipes de clubs ainsi que des Masters Agipi. Les joueurs de 3 bandes américains sont de vrais passionnés, ils s’intéressent de très près à l’actualité.

Kozoom : Vous étiez joueur, mais vous avez du être spectateur aussi, avez-vous pu assister à ce fameux match Frédéric Caudron-Semih Sayginer?

Jérémy Bury : C’était incroyable de suspense et de tension! Semih crée l’écart dès le début du match avec une série de 13 mais Fred réplique aussitôt : 22-21 à la 4ème reprise! On pense au record du monde! (50 en 9). Puis Fred semble prendre l’ascendant et fait le trou à son tour. Semih n’est pas au mieux et manque quelques coups largement à sa portée. On pense alors que le match est plié. Fred mène 44 à 29…mais, contre toute attente, Semih renaît par une série de 8 et se relance pour la victoire! Les deux joueurs sont au coude à coude. Alors que Semih n’a plus que deux points à réaliser, Fred joue pour un : il reçoit un coup de tiers délicat puisque sa bille est proche de la bande et le contraint à lever le talon et qu’en plus il y a un danger de contre… Fred attaque bien le coup et sa bille file vers la 3 pour faire le point…mais la 2 revient vite, trop vite et touche la bille de Fred alors à 10 cm du bonheur et qui va frôler la bille 3 … sans la toucher! Quelle tension à ce moment! On pense alors que c’en est fini pour Fred puisque son malheur est poussé jusqu’à laisser un point «immanquable» à son adversaire. Semih réalise ce point puis reçoit une position un peu délicate sur lequel 3 possibilités sont envisageables. Roland aurait joué 7 bandes sur la rouge, Torbjorn aurait choisi 3 bandes sur la jaune…et Semih opte pour un tiers 3 bandes sur la rouge. La touche est délicate, il est sans doute plus confortable de s’appuyer un peu plus sur la bille et de mettre un peu d’effet contraire. Mais Semih touche trop fin malgré tout et manque le point. Peut-être a-t-il également redouté le butage…(Il m’a d’ailleurs confié après cette finale qu’il aurait dû choisir le 7 bandes préconisé par Roland, plus « relax » à attaquer à ce moment du match). Fred ne laissera pas son adversaire revenir à la table et termine sur un grand tiers avec la 3 au milieu du billard. Quel match! Les spectateurs ont vibré. Le match sera sans doute proposé en DVD par CaromTv prochainement.

Kozoom : Parlons un peu de votre carrière : que vous apporte, concrètement, votre statut de joueur de haut-niveau?

Jérémy Bury : Le statut de sportif de haut-niveau apporte divers avantages. D’un point de vue personnel, cela m’a notamment permis d’obtenir de la part de l’Education Nationale une mise en disponibilité la saison dernière me permettant ainsi de me consacrer pleinement au billard. Cette mise en disponibilité vient d’ailleurs de m’être accordée de nouveau pour la saison à venir. D’autre part, l’argent touché par la Fédération grâce à ce statut permet de financer les déplacements de quelques joueurs en coupes du monde, dont je fais partie. Enfin, le statut de haut niveau peut permettre à certains sportifs d’obtenir des aides financières auprès du Conseil Général et du Conseil Régional. Cela dépend des départements et des régions. Malheureusement pour moi, je n’ai pas cette possibilité mais je sais que certains peuvent en profiter.

Kozoom : A la lecture de vos résultats nationaux et internationaux, il semble que vous soyez plus à l’aise en distance «normale» que dans la formule par sets choisie par l’UMB. Avez-vous réellement une préférence entre ces deux formules?

Jérémy Bury : La formule par sets m’est surtout difficile lorsqu’elle se joue en 2 sets gagnants comme c’est le cas dans les qualifications des coupes du monde. Cela peut aller extrêmement vite, même contre un joueur bien plus faible. Je dépense énormément d’énergie dans ces phases qualificatives et c’est plus compliqué pour la suite. En plus, le tirage au sort n’est pas non plus clément avec moi la plupart du temps…Je dois parvenir à dépenser moins d’énergie dans ces qualifications, quitte à prendre davantage le risque de ne pas me qualifier pour le tableau final. Mais en 3 sets gagnants je me sens plus à l’aise.

Kozoom : Vous approchez petit à petit de cette 12ème place si convoitée du ranking mondial. Votre moyenne sur plus de 100 matchs dépasse maintenant les 1.300 et continue régulièrement à augmenter, pensez-vous que vous êtes en train de franchir un palier?

Jérémy Bury : J’ai disputé environ 75 matches cette saison et ma moyenne se situe entre 1.38 et 1.39. Cela commence à être intéressant. Je pense qu’un palier a été franchi. Mais il reste encore énormément de chemin à parcourir pour rentrer dans les 12 premiers du ranking UMB. Cela prend du temps, le jeu est en perpétuelle progression et les autres joueurs progressent aussi! Mais je sais qu’il y a encore tout un tas de points à améliorer pour être plus performant. Et puis l’expérience des matches de haut niveau est primordiale : il faut se confronter avec les meilleurs, c’est indispensable. Mais les occasions se font rares malheureusement…

Kozoom : Parmi les joueurs du Top 10 mondial, y en a-t-il un qui vous impressionne plus particulièrement?

Jérémy Bury : Ils ont tous des qualités remarquables : Roland Forthomme et Marco Zanetti sont des matcheurs incroyables, Frédéric Caudron joue avec une facilité exceptionnelle, Torbjorn Blomdahl a tout simplement du génie, Jaspers est d’une efficacité redoutable…

Kozoom : Retournerez-vous au Carom Café?

Jérémy Bury : Dès que la date officielle du prochain tournoi est connue, je réserve mon billet d’avion!

Kozoom : Merci Jérémy, et bonne chance pour la suite de la saison. Joël, pouvez-vous nous donner vos impressions sur cette compétition?

Joël Switala : Tout d’abord, j’ai trouvé l’ambiance du Carom Café excellente. Il faut toutefois préciser que la colonne vertébrale de ce tournoi est la communauté coréenne des Etats-Unis en général et de New York en particulier, ce qui doit représenter à peu près 30% du plateau. Il en résulte un certain chauvinisme bon enfant qui est finalement de mise dans tous les pays, il n’y a pas lieu de s’en offusquer. Ce tournoi est aussi l’occasion de rencontrer et de dialoguer avec des joueurs de tous horizons, ce qui est très enrichissant. Mais je le répète : l’ambiance est super entre tous les participants. Quand à la formule de jeu : elle est parfaite. Contrairement aux World-Cups qui sont frustrantes de part le très faible nombre de matchs joués par rapport aux frais engagés, la formule du Carom Café garantit un grand nombre de matchs et est donc très motivante, que l’on soit joueur local ou venant de loin comme nous. De plus, les dix billards mis à notre disposition étaient excellents.

Kozoom : Eclairez-nous sur ce système d’enchères et de loterie?

Joël Switala : Deux places pour les demi-finales sont attribuées par enchères et deux autres par loterie. Des billets de tombola sont vendus 20$ et les gagnants peuvent, soit participer, soit les revendre, ce qui finalement crée d’autres enchères. Ca peut paraître curieux, mais n’oublions pas que nous sommes aux Etats-Unis. Tout cela se passe dans une joyeuse ambiance.

Kozoom : Vous êtes un joueur de billard, mais également un organisateur. Une telle organisation est-elle possible en Europe?

Joël Switala : Oui et non. On pourrait bien sûr mettre 10 billards, par exemple dans le club de St Maur, mais comment mettrait-on autant de monde autour ??... Le Carom Café est une grosse machine, les membres de l’organisation sont très nombreux et bien que l’entrée soit payante pour les spectateurs à partir des demi-finales, la salle est constamment comble. Ce tournoi s’auto-finance par des inscriptions très chères (450$), mais aussi par le fait que quasiment tout le monde boit et se restaure sur place. La loterie, les enchères, les entrées et quelques sponsors complètent le budget. Techniquement, il est possible en France ou en Europe de monter une telle manifestation, mais en offrant aux joueurs des prix nettement inférieurs à ceux du Carom Café, à moins de dénicher un gros sponsor, naturellement.

Kozoom : Qu’est ce qui vous a le plus frappé sur ce tournoi?

Joël Switala : Incontestablement l’arbitrage, ou plutôt l’absence d’arbitrage. Les deux joueurs s’auto-arbitrent naturellement dans leur partie et marquent eux-mêmes leurs points, les champions comme les autres. Seule une feuille de marque tenue par un tiers est mise en place à partir des demi-finales. En une semaine et plus d’une centaine de matchs, il n’y a aucun incident à signaler, c’est remarquable et donne à réfléchir.

Kozoom : Même question qu’à Jérémy Bury : Joël, retournerez vous au Carom Café?

Joël Switala : Seul le fait d’être malade pourrait m’empêcher de retourner participer à cette magnifique compétition l’année prochaine.

Merci messieurs d'avoir répondu si vite à nos questions. Rendez-vous donc la saison prochaine au Carom Café.
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